Tools
Typography

Licencié en droit privé et judiciaire depuis 2015 de l’Université Catholique du Congo, Marshall Ahongo (né à Kinshasa en 1992) est le deuxième lauréat de la première édition du prix littéraire Zamenga pour sa nouvelle Bottes noires. Nous vous proposons de le découvrir dans cette interview.

Mediaspaul.cd : Monsieur Marshall Ahongo (MMA), « Bottes noires » est le titre de la nouvelle qui t’a propulsé dans l’arène de la littérature congolaise. Tu sors deuxième lauréat à l’issue du concours des nouvelles. Exprime-toi un peu à nos lecteurs de ta relation avec l’écriture, mieux ton actualité littéraire. « Bottes noires », est-ce là ton premier écrit littéraire ou écris-tu depuis longtemps ? En d’autres termes, depuis quand écris-tu ?

MMA : J’écris depuis l’école primaire, mais ce n’était que pour le plaisir et forcément pas avec le même style. J’ai été rédacteur en chef de la revue « Bwato » du collège Bonsomi. Actuellement, j’ai écrit un roman, « Le témoignage posthume », un recueil de poèmes, « Les lettres de mon cœur », quelques nouvelles et je suis actuellement en train de m’essayer dans l’écriture d’une pièce de théâtre intitulée « Mais de quoi le bonheur est-il donc fait ? ». Cependant, « Bottes noires » est bien la première de mes œuvres littéraires à avoir la chance d’être bientôt publiée.

Mediaspaul.cd: quand la parole t’était accordée après l’annonce des nominés, tu n’as pas voulu de t’exprimer … « je suis bousculé… », as-tu lancé sur le champ. Restes-tu encore bousculé ? Que ressens-tu après ces quelques jours?

MMA : Bousculé, je le suis encore, mais l’émotion a cédé le pas à de la gratitude… une très grande gratitude. Je ressens beaucoup de choses après ce prix, mais la plus grande est certainement cette gratitude que tout mon être ressent à l’égard des initiateurs et des organisateurs du prix Zamenga. Sans ce prix, je ne serais, en effet, à ce jour qu’un quidam qui n’aurait pas droit à cet interview et ce, en dépit de tout ce talent que l’on me reconnaît aujourd’hui.

Mediaspaul.cd: Quelle histoire racontes-tu dans « Bottes noires » ?

MMA : « Bottes noires » est une histoire malheureusement pas originale. C’est une histoire qui n’est que trop vécue. Je raconte, dans cette nouvelle, l’histoire d’une petite fille de six ans, Amani, qui, comme tous les enfants de son âge, ignore ce qu’est la guerre, ce qu’est un mouvement rebelle, quelles peuvent en être les revendications et qui ne rêve que d’une chose : aller à l’école. Mais cette fille, comme un grand nombre d’innocents enfants à l’Est de la RDC, voit son rêve se muer en un terrible cauchemar à cause d’un assaut d’un groupe rebelle appelé « Bottes noires » (dont elle ignore jusqu’au sens). En bref, c’est l’histoire des récurrentes guerres à l’Est de la RDC, mais par les yeux d’un enfant innocent qui ne demande qu’à aller à l’école.

Mediaspaul.cd: Pourriez-vous insérez ici un extrait de passage de « Bottes noires » que tu affectionnes tant ?

MMA : ‘‘A l’instant, elles entendirent un bruit sourd et virent, impuissantes, le père d’Amani tomber, du haut de son mètre quatre-vingts, sur ces corps enchevêtrés, du sang coulant de sa nuque. Il s’était pris une balle dans la tête. Sursautant, les petites filles, submergées par un flot de sentiments indicibles, se retournèrent et reconnurent le tireur : c’était l’ami de l’oncle Feruzi, celui dont on ne connaissait ni nom, ni demeure, ni famille et dont certains disaient qu’il était rwandais. Il fixa un instant les petites filles, se retourna, et à pas lestes et fiers, s’en alla. Lui aussi faisait partie de ces hommes…Ces hommes qu’on appelait « bottes noires »’’.

Mediaspaul.cd: Si Zamenga a attiré l’attention de grand lectorat, c’est entre autres parce qu’il a écrit tout en étant en contact avec sa société. Et donc, l’œuvre de l’écrivain doit parler à sa société. Monsieur Marshall, qu’as-tu voulu communiquer dans « Bottes noires » ?

MMA : « Bottes noires » est plein de messages subliminaux…enfin, des messages exprimés entre les lignes. Mais ce que j’essaie principalement communiquer c’est le ras-le-bol de tout un peuple par rapport à ces récurrentes guerres qui continuent de faire des victimes à l’Est de la RDC. En gros, à travers « Bottes noires », je crie : « Faites quelque chose ! Il y a dans cette partie du pays des enfants qui ne comprennent rien à tous ces conflits et qui ne veulent qu’aller à l’école comme vos enfants ! Laissez-les vivre ce rêve qui n’est, du reste, pas trop grand ! ».

Mediaspaul.cd: pour ceux qui écrivent mais dont les écrits restent encore loin d’être bien présentés à un jury, ils ont certainement besoin d’appendre certains artifices pour écrire jusqu’à ainsi convaincre un jury comme toi ; que peux-tu leur prodiguer comme conseils? Partant de ton expérience…

MMA : Ce que je peux leur dire c’est que le talent provoque toujours sa propre chance. Il y a des gens plus talentueux que moi qui n’ont pas eu ma chance, mais le conseil que je peux leur prodiguer c’est d’écrire, encore et encore, de continuer à affiner leur talent, car c’est ce dernier qui leur ouvrira des portes. Un astuce pour convaincre un jury comme moi : Il ne faut surtout pas écrire pour écrire. Ce qui intéresse le jury, c’est une histoire porteuse d’un vrai message, une intrigue bien maîtrisée et le tout peint dans un style alléchant.

Mediaspaul.cd : « Bottes noires » paraîtra dans une anthologie avec les 7 autres nominés, et tu seras lu par le public, un large public. Le lecteur peut appréhender l’identité littéraire de l’écrivain, je voulais dire ; l’image qu’il veut donner de lui-même dans ses écrits, sa vision du monde, sa conviction. Si tu dois continuer à écrire, qu’attends-tu communiquer au monde par tes écrits ?

MMA : Je suis ce que l’on peut appeler un écrivain engagé. Mes écrits portent toujours un message patriotique qui dénonce les maux dont souffrent mon pays et la société en général. J’ai aussi un faible pour le roman policier auquel l’une de mes œuvres encore inédites (« Le témoignage posthume ») peut s’identifier. Mais je ne suis pas un éteignoir ; j’écris aussi des œuvres plus gaies. Dans tous les cas, mon mot d’ordre c’est de ne jamais écrire pour écrire ; il y a toujours un message que j’essaie de passer entre les lignes.

Mediaspaul.cd : nous sommes arrivés à la fin de notre interview, monsieur Marshall. Nos vives félicitations, merci encore de nous avoir accordé ton temps pour cette interview. As-tu quelque chose à ajouter ?

MMA : La seule chose que je puisse ajouter c’est que je souhaite que le prix Zamenga continue de révéler des talents qui ne demandent qu’un tremplin pour s’épanouir. J’espère aussi que d’autres concours du genre verront le jour et que Médiaspaul continuera à se battre autant, voire plus, pour promouvoir la littérature congolaise. Merci.

Lire : Laurianne, 3ème au prix Zamenga

Lire : Prix litteraire Zamenga

 

Accordion