Feuillet biblique
Pourquoi prie-t-on pour les morts? C’est la question que se posent beaucoup de chrétiens catholiques. En effet, la pratique de "messes pour les défunts" est devenue très courante et le phénomène de "Quarante jours" n’est plus l’apanage des seuls catholiques.Dans certains diocèses, un jour par semaine (le vendredi par exemple) est consacré aux défunts. Ce jour-là, la messe est célébrée en mémoire des défunts catholiques ou protestants, pratiquants de leur vivant ou non, monogames ou polygames. L’attention est portée exclusivement sur le culte et non sur les qualités morales du défunt.C’est dans ce contexte que plus d’un s’interrogent sur la nécessité ou l’opportunité de prier pour les morts. Car, disent-ils, tout est déjà décidé; la prière des vivants peut-elle encore changer "quelque chose" au sort du défunt?
Essayons d’interroger les Ecritures pour savoir si cette pratique n’a pas un fondement scripturaire, fondement qui pourrait nous aider à "justifier" ou à "relativiser" la prière pour les morts.
1. Bref rappel historique
La prière pour les morts doit être comprise dans le cadre de la célébration du «souvenir de tous les fidèles défunts» que l’Eglise catholique célèbre le 2 novembre de chaque année, dans la même période que la "solennité" de tous les saints (Toussaint).
La célébration du 2 novembre remonte à Saint Odilon, abbé du monastère de Cluny, qui avait introduit cette fête dans la liturgie de tous les monastères dépendant de Cluny, et c’était par un décret en l’an 998. Peu après, la célébration fut adoptée en dehors des monastères et le culte est attesté à Rome à partir du XIVè Siècle. La prière pour les morts appartient ainsi à une tradition très ancienne de l’Eglise; cette prière consista très tôt en une célébration eucharistique.
2. Témoignage de l’Ecriture
Dans l’Ancien Testament, nous n’avons qu’un seul texte qui parle explicitement des vivants qui pensent aux morts, et ce, dans un cadre cultuel :
«Puis, ayant fait une collecte d’environ 2000 drachmes, il l’envoya à Jérusalem afin qu’on offrît un sacrifice pour le péché, agissant fort bien et noblement d’après le concept de la résurrection. Car, s’il n’avait pas espéré que les soldats tombés dussent ressusciter, il était superflu et sot de prier pour les morts, et s’il envisageait qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui s’endorment dans la piété, c’était là une pensée sainte et pieuse. Voilà pourquoi il fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché» (2 M 12,43-45).
Il s’agit d’un texte écrit aux environs de 100 avant Jésus-Christ. Nous avons donc ici un des rares témoignages de l’Ecriture sur l’efficacité de la prière pour les morts et l’on y dit clairement qu’il s’agit de la prière et du sacrifice pour l’expiation des péchés des morts en vue de la résurrection.
Notons que cette "foi" de Judas Maccabée n’était pas partagée par tous les Juifs. Même au temps de Jésus, on parle des Sadducéens qui refusent de croire en la résurrection, donc à la "survie" de défunts. Jésus rétorquera, effectivement, aux Sadducéens qu’une telle foi en la résurrection ne peut être assumée que par celui qui croit en la puissance du Dieu des vivants (cf. Mc 12,24.27).
Dans le Nouveau Testament, nous n’avons pas un témoignage aussi explicite concernant la prière pour les morts, mais Paul évoque un cas qui ressemble bien à celui de 2 Maccabées 12,43-45. «S’il en était autrement, que gagneraient ceux qui se font baptiser pour les morts? Si les morts ne ressuscitent absolument pas, pourquoi donc se fait-on baptiser pour eux?» (1 Co 15,29).
Afin de convaincre les chrétiens de Corinthe que la résurrection des morts est bel et bien une réalité, Paul, après avoir fondé cette résurrection sur celle du Christ lui-même (cf. 1 Co 15,13-19), fait appel à une expérience courante à Corinthe: il y avait des gens à Corinthe qui se faisaient baptiser pour (à la place des) les morts. En effet, si les morts ne ressuscitent pas, pourquoi se donneraient-ils tant de peine pour les morts qui, normalement ont irrémédiablement disparus.
Paul n’approuve ni ne condamne cette pratique qui n’a laissé d’ailleurs aucune trace dans les autres traditions du Nouveau Testament. Par ailleurs, il utilise cet élément pour démontrer l’absurdité des arguments de ceux et celles qui refusent de croire à la résurrection des morts. Tout comme en Marc 12,24, c’est la méconnaissance de la puissance de Dieu qui empêche à certaines personnes de croire en la résurrection des morts.
3. Résurrection de Jésus et prière pour les morts
Pour un chrétien, l’au-delà n’est pas un mythe, c’est une réalité. Qu’y a-t il au delà de la mort? Voilà une question qui obsède beaucoup d’hommes et de femmes. Toutes les religions tentent de répondre à cette terrible question, et le christianisme, notre religion, a aussi sa réponse. En effet, l’homme accepte bien d’être mortel, mais il ne peut accepter facilement l’idée de sa disparition totale dans le «néant». Sa croyance en l’au-delà s’exprime sous plusieurs formes: un lieu souterrain, un paradis merveilleux, rêve d’un autre type de vie, un village splendide...
Chez les chrétiens, c’est par la foi en la Résurrection de Jésus-Christ que l’on a la réponse à cette question. Jésus de Nazareth a fait, après sa vie terrestre, ce qu’aucun "fondateur" des grandes religions n’a pu faire : «Il est ressuscité! Il n’est pas ici» (Mc 16,6).
Ainsi après une mort bien attestée par l’ensevelissement, il y a eu un au-delà à la mort physique pour le cas de Jésus. Car si le Christ n’est pas ressuscité, dit Paul, la prédication des Apôtres est vaine (cf. 1 Co 15,14.17). Le Ressuscité est appelé par Paul "prémices" de ceux qui sont morts. Ce qui est arrivé au Christ est le gage et la garantie de ce qui arrive et arrivera aux croyants.
De ce point de vue, on peut se poser une foule de questions: avec la mort, ne reste-t-il vraiment rien de l’homme? La personne humaine est-elle immédiatement perdue? Tout ce qu’un homme, une femme a fait durant sa vie, se trouve-t-il effacé avec la mort?
Le chrétien doit répondre à toutes ces questions par la négative, car la chaleur et le souvenir du mort poursuivent leur action dans les autres, parents ou amis.
Les idées des disparus survivent dans ceux qui vivent, c’est ainsi que les morts vivent au milieu de nous. Jésus-Christ, premier-né d’entre les morts (cf. Col 1,18) est le fondement de notre espérance que la vie est plus forte que la mort. «Je suis la Résurrection et la Vie: celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra» (Jn 11,25).
L’homme n’est donc pas voué à disparaître comme un animal; il est destiné à la vie plénière. Nos morts ne sont pas dilués dans le néant; ils "vivent". Prier pour et avec eux est une manière d’être en "communion" avec eux.
4. Communion des saints et prière pour les morts
Dans le cadre de la Révélation biblique, il est possible d’exprimer ce qu’est la "vie nouvelle" de nos morts. La "nouvelle vie" du Ressuscité est une indication sur la vie de ceux qui se sont endormis dans le Seigneur. Lorsque nous faisons attention au bien qui persiste après la mort d’un être bien aimé, il est possible de deviner sa nouvelle existence dans l’au-delà... c’est celle-là sa survie en Dieu.«Heureux dès à présent ceux qui sont morts dans le Seigneur. Oui, dit l’Esprit, qu’ils se reposent de leurs labeurs, car leurs oeuvres les suivent» (Ap 14,13).
Ainsi tous les morts appartiennent à la communauté humaine, à la communauté des croyants; ils vivent en Dieu et ils sont en union avec les vivants. Il est donc normal que les vivants entrent de temps en temps en relation avec eux par la prière et par d’autres gestes de respect ou de vénération. Le premier geste qu’un chrétien peut donc poser pour ses morts est de prier pour eux.
Qu’on ne s’étonne pas d’intenses supplications qui se font au moment des adieux, quand on prend congé d’un défunt lors de l’enterrement: les discours funèbres ont ici leur profonde signification. L’adieu des chrétiens à leurs morts s’accompagne de l’Eucharistie, souvenir de la mort du Christ mais aussi moment d’espérance en la «survie».
En 1 Thessaloniciens 4,13-14, nous avons une affirmation très claire de la "survie" des croyants après leur mort. Les Thessaloniciens étaient préoccupés face aux décès de ceux qui avaient cru en Jésus-Christ; ils se demandaient ce qui sera fait d’eux puisqu’ils sont censés manquer la venue du Seigneur.
Paul les rassure: ils ne sont pas, eux chrétiens, comme les autres c’est-à-dire les païens. La mort ne sépare pas les croyants de Dieu: bien au contraire, c’est par la mort qu’ils s’unissent au mystère de Dieu. Le souvenir de nos morts dans la prière eucharistique a ainsi un sens : «Pour eux et pour tous ceux qui reposent dans le Christ, nous implorons ta bonté. Qu’ils entrent dans la joie, la paix et la lumière» (Prière Eucharistique I).
La prière du chrétien pour les morts est adressée à Dieu qui est en dehors de notre temps; nos questions à propos de quand et du comment ne sont que des interrogations humaines. La vie nouvelle, celle que connaissent les morts, a déjà commencé en ceux qui croient en Jésus-Christ; par le fait que le chrétien est mort avec le Christ (par le baptème), la vie nouvelle naît aussi en lui.
Il est donc indiqué de prier non seulement pour les morts mais aussi avec les morts car tous, nous sommes unis dans le Christ. Quelles que soient les circonstances qui entourent un décès, le premier mouvement de celui qui prie pour le mort est de se tourner vers Dieu et de reconnaître en Lui la source unique de tous, Lui qui n’est pas le Dieu des morts mais des vivants (cf. Mc 12,27
5. Doit-on prier pour les morts ?
La tradition ecclésiale et le témoignage de l’Ancien et du Nouveau Testaments nous inclinent à répondre à cette
question par l’affirmative. La prière pour les morts est une expression de foi qui permet aux vivants d’affirmer que la mort physique d’un homme n’est pas la fin de la vie; il y a toujours un au-delà à toute mort matérielle (Jn 11,25-26).
La prière est adressée à Dieu, pour tous les morts dont Dieu seul connaît la foi (Prière eucharistique IV); il n’est donc pas question de prier pour influencer une quelconque décision de Dieu.
La prière pour les morts est une expression de la solidarité qui existe entre les vivants et les morts; et ce, par l’intermédiaire du Seul Médiateur qu’est Jésus. En effet, dans plusieurs cultures, le mort est toujours entouré de beaucoup de respect; l’enterrement d’une personne a toujours été l’occasion des retrouvailles familiales et amicales émouvantes; le cimetière est toujours considéré comme un lieu sacré.
Pour le chrétien tout se vit dans la foi en Jésus-Christ; il n’ y a rien qui puisse être exclu de sa foi, pas même le souvenir du défunt dont la vie n’est pas "détruite" mais transformée.
Les liens tissés entre les croyants, par la participation au Corps et au Sang du Christ, ne sont jamais rompus par la mort. La prière pour les morts nous permet de raviver ces liens; il est donc nécessaire de prier pour les morts. Mais sur quoi se fonde cette expression de foi? C’est sur la Résurrection du Christ et la foi en la communion des saints.
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