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Comme à l’accoutumée, le Pape François a prié, le dimanche 21 octobre 2018, l’Angélus sur la place Saint-Pierre de Rome, devant un public d’environ 20 000 personnes. Il n’a nullement hésité de faire précéder cette prière mariale d’une réflexion portant sur les textes liturgiques du XXIXe dimanche du Temps Ordinaire de l’Année liturgique B. S’inspirant de la péricope de l’Evangile du jour (Mc 10, 35-45), Jorge Mario Bergoglio a fait remarquer qu’il est possible que le zèle apostolique soit ‘‘pollué’’ par l’esprit ou la logique du monde, c’est-à-dire le ‘‘carriérisme’’. Comme antidote à cette mentalité mondaine, il a proposé la logique de Dieu, qu’est le service.

La page de l’Évangile du XXIXe dimanche du Temps Ordinaire de l’Année liturgique B est pleine de sens. Elle dresse un tableau où se dessinent deux mentalités, à première vue opposées : d’une part, la logique du monde (incarnée ici par Jacques et Jean, puis par les dix autres Apôtres) ; et, d’autre part, la logique de Dieu (proposée par Jésus). L’extrait de Mc 10, 35-45 met en exergue la demande formulée par les deux fils de Zébédée à l’endroit du Fils de l’homme : « Accorde-nous […] de siéger l’un à ta droite et l’autre à ta gauche dans ta gloire » (v. 37). Pour le Pape François, la réponse fournie par le Christ à ses deux interlocuteurs, est une constante invitation à opérer une conversion allant de la mentalité mondaine à celle divine. Car, estime le Souverain Pontife, « Jésus sait que Jacques et Jean sont animés d’un grand enthousiasme pour lui et pour la cause du Royaume, mais il sait également que leurs attentes et leur zèle sont pollués par l’esprit du monde ». Au cours de sa tournée à Assise, le 4 octobre 2013, le Pape François mettait déjà le Peuple de Dieu en garde contre ce fameux esprit du monde, surtout lorsqu’il diagnostiquait ‘‘la mondanité spirituelle’’ comme le cancer ou la lèpre de nos sociétés actuelles.

Par ailleurs, les fils de Zébédée, obsédés par les « trônes de gloire » et le pouvoir, ne sont pas en réalité les seuls à sombrer dans la mentalité mondaine que fustige Jésus. La lecture de la péricope de l’Evangile précité révèle que même les dix autres Apôtres en font autant, surtout lorsqu’ils s’irritent contre Jacques et Jean. Mais la nouveauté qu’apporte le Christ pourrait paraître bouleversante : « Vous le savez, ceux qu’on regarde comme les chefs des païens font peser leur domination et les grands leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous. Au contraire, celui qui veut devenir grand parmi vous devra être votre serviteur ; celui qui veut être le premier parmi vous devra être l’esclave de tous » (v. 42-44).

Ce changement de paradigme est, pour François, « la règle du chrétien ». De la même manière que « les grands de la Terre se construisent ‘‘des trônes’’ pour leur pouvoir », ainsi Dieu choisit-il « un trône inconfortable, la croix, de laquelle il règne en donnant la vie (…) ». La finale du passage de Mc 10, 35-45 exprime mieux cette révolution du pouvoir dont Jésus est le précurseur : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (v. 45). C’est ainsi que l’accueil de l’Evangile, estime le Souverain Pontife, doit être un appel à la conversion : conversion allant de la recherche des premières places à la quête du pouvoir-service. Jorge Mario Bergoglio enfonce le clou dans la planche lorsqu’il poursuit : « La voie du service est l’antidote le plus efficace contre la maladie de la recherche des premières places ; c’est le remède pour les carriéristes, à cette recherche des premières places, qui contamine tant de contextes humains et n’épargne pas même les chrétiens, le peuple de Dieu, ni même la hiérarchie ecclésiastique ».

Vers la fin de cette méditation, le Pape François a sollicité l’intercession de la Vierge Marie, afin que cette dernière « nous aide à suivre Jésus avec joie sur le chemin du service, la voie royale qui mène au ciel ».